La course à pied peut être source d'immenses plaisirs. Quel bonheur de franchir la ligne d'arrivée en battant son précédent record ! Même sans parler de compétition, la course à pied sait mieux que n'importe quel sport conjuguer les plaisirs : gambader librement sur les petits chemins, assister au lever du soleil, partager une séance d'entrainement à plusieurs, … Autant d'instants privilégiés qui nous font aimer ce sport.
Et pourtant, parfois l'envie et la motivation viennent à faiblir. Après une année 2010 ou chaque course était une réussite, chaque chrono un nouveau record, j'ai fini par me lasser. Tout au long du premier semestre 2011, j'ai perdu le goût de courir. J'ai bien essayé de me fixer des objectifs toujours plus ambitieux afin d'aller chercher cette motivation que j'avais petit à petit perdue. Dans cette course à le démesure, après le 100 km, je me suis attaqué aux 24 heures. Et par deux fois même. Ce fut deux échecs à la hauteur de mon manque d'envie pour la course à pied. Tout était devenu trop routinier. Mes entraînements se ressemblaient et je m'étais enfermé dans un piège ou la variété était oubliée.
Suite à mes deux échecs sur 24 heures, j'ai pris un mois et demi de repos afin de me ressourcer. Je pensais que ça irait mieux après, que je retrouverai le goût pour la course à pied. J'ai repris début juillet et ce fut dur. Je me suis rapproché d'un coach qui m'a fait un plan impeccable. Des entraînements différents et plus variés, c'est exactement ce qu'il me fallait. Et pourtant je n'arrivais toujours pas à retrouver le plaisir de courir. La lassitude dû à l'habitude était plus forte que tout. Lors de chaque séance je devais me forcer à chausser les runnings et à aller jusqu'au bout de l'entraînement prévu.
Et ce qui pouvait m'arriver de mieux s'est produit. Je me suis blessé ! Une belle aponévrosite plantaire qui m'a mis hors course. En y repensant, je trainais ça depuis des mois sans y accorder d'importance mais cette fois la douleur était devenue insupportable. Il m'était d'un coup devenu impossible de poser le pied au sol au lever du lit, impossible de marcher les premiers pas sans boiter. Et même parfois en cours de journée dès que je n'avais pas marché pendant une certaine durée. Autant dire qu'il m'était devenu impossible de courir ! Quel effet cela a-t-il eu sur moi ? Ce fut une révélation. Le manque de course à pied m'a fait réaliser à quel point j'aimais ça. C'est bien connu, on aime toujours plus ce qui nous manque. Après des mois ou je devais me forcer pour aller courir, ma seule envie était maintenant de ne plus avoir mal afin de pouvoir m'adonner de nouveau à mon activité favorite.
Ce fut comme un déclic. Ca peut paraître bête et ça l'est mais le résultat était là. J'avais retrouvé l'envie de courir comme au premier jour. J'étais alors en vacances à La Baule et malgré la douleur, pour le dernier jour, j'ai été courir sur la plage. Pied nu sur le sable au bord de l'eau. Quel bonheur !
Cette blessure à l'aponévrose du pied gauche n'était pas arrivée par hasard. Après cinq années de pratique de la course à pied sans aucune blessure et avec des succès croissants, j'avais perdu la valeur des choses. Tout était devenu trop facile, trop routinier. Ces petits bonheurs simples qui m'émerveillaient lorsque j'ai découvert ce sport ne provoquaient plus rien en moi et c'était tellement dommage. Je ne faisais plus attention, ni à mon environnement, ni à mon corps. Un marathon ne me motivait plus assez pour m'entrainer. Ce n'était pas assez. J'étais passé au 100 km. Mais ça ne me suffisait plus non plus. J'étais passé au 24 heures. Et avec un objectif trop ambitieux en plus. Cette blessure est venue mettre un terme à ce cercle vicieux. J'ai vécu cette blessure comme une chance incroyable !
Quelques foulées sur le sable suffisaient maintenant à me remplir de joie. J'avais retrouvé le goût pour ces petits plaisirs simples. Quel bonheur !
A partir de là, je savais que rien ne serait plus comme avant. J'avais la chance de retrouver une motivation intacte comme au premier jour alors il fallait que j'en profite pour changer ce qui n'allait pas dans ma pratique de la course à pied. Je voulais absolument donner la priorité au plaisir ! Battre un record ok, mais pas au prix d'un entraînement monotone et subit. Plus jamais ! Alors que je me contentais de courir sans jamais faire d'étirements, d'exercices de gainage ou autre activités pourtant bonnes pour l'harmonie du corps, j'étais fermement décidé à remettre de l'ordre dans tout ça.
Place à la course à pied comme activité centrale mais non unique comme source de bien être. Encore faut-il guérir de cette blessure. Tout ce que j'ai pu lire sur l'aponévrosite plantaire, aussi appelée fasciite plantaire, n'est guère encourageant. De nombreuses expériences relatent des guérisons en un an, voire même deux ou trois. Dans tous les cas, le parcours est similaire : visite chez le médecin, prescription d'anti-inflammatoires, séances de kiné voire infiltrations de cortisone et ondes de choc, et toujours un arrêt de la course à pied.
Par chance, je suis tombé sur d'autres histoires de coureurs (expériences menée au Canada) ayant suivi un parcours bien différent mais avec plus de succès, à priori. Au lieu de prendre des anti-inflammatoires pour masquer la douleur, ils ont préféré traiter la cause du problème : le rétrécissement de l'aponévrose. Une aponévrose plus courte a pour conséquence de tirer plus sur la jointure avec le talon et donc de provoquer des micro-lésions. Ce sont ces micro-lésions qui sont à la source de l'inflammation et de la douleur au talon. Les anti-inflammatoires peuvent réduire l'inflammation mais n'ont aucun effet sur le rétrécissement de l'aponévrose. Or, c'est bien ça la cause du problème. Par conséquent, au lieu de prendre des médicaments, chose que je n'aime pas de toutes façons, je préfère m'orienter vers la solution numéro 2 : des étirements souples et quotidiens de l'aponévrose, combinés à une simple application de glace sur le talon et une pratique légère mais continue de la course à pied.
Nous sommes le 15 août 2011. Je n'ai aucune idée de l'évolution que va prendre cette blessure mais je suis confiant. Et surtout, même pour quelques foulées, j'ai une incroyable envie d'aller courir !
Source de l'article :
http://www.courseapied.org/la-blessure-de-course-a-pied-vecue-comme-une-chance.html


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